L’anneau de Gygès

Vendredi 11h30. J’émerge de la bouche du métro, tendu comme Apollo XI sur son pas de tir. Je suis déjà en retard à mon rendez-vous avec Maîtresse Célia. D’une voix blanche, je l’appelle sur son portable en m’excusant.
– « Oui, vous êtes en retard, répond sa voix impérieuse. Je vous attends ». Elle m’indique d’un ton sans réplique le chemin conduisant chez elle.
J’ai véritablement « les foies » ; vais-je tomber entre les pattes d’une mante religieuse ?
Je dois être cinglé. Toutefois, l’attrait de l’inconnu emporte mes dernières résistances.
J’arrive à son étage, le dernier d’un immeuble coquet.
La porte est légèrement entrouverte. Quelle aventure m’attend derrière celle-ci ? Je ne sais pas encore que la puissance de la domination féminine va me frapper de plein fouet.
L’estomac noué, j’entre.
Célia m’attend dans la pénombre de son appartement. Derrière ses lunettes de manageuse stricte, ses yeux m’auscultent. Elle porte une affriolante guêpière, un porte jarretelle, des bas noirs à couture enfilés sur ses longues jambes, une culotte également noire. Elle est juchée sur de hautes bottes à talons aiguilles
Elle est élancée, sombrement sexy.
Un fantasme vivant. Rousse, la couleur du péché.
Je déglutis difficilement. Un flot de musique classique s’écoule dans la pièce.
Je suis dans un autre monde.
– « C’est du Bach ? » hasardai-je maladroitement;
– « Vous avez tout faux, je vous laisse encore deux chances » ;
– « du Schubert ? »
– « Non. Il vous reste une chance »
– « Ravel, Mozart, Debussy ? »
Célia éclate soudain d’un rire sarcastique : « décidément, vous n’y connaissez rien… vous avez cité tous les compositeurs sauf le bon » ;
– « Beethoven ? »
– « Oui ! enfin ! »
Je lui laisse mon offrande, assortie d’un ballotin de chocolats ; cela semble quelque peu la rasséréner.
Elle m’intime ensuite l’ordre de me déshabiller, de quitter mon slip afin de contempler d’un regard expert ma cruelle nudité.
« Nous allons maintenant jouer au petit scénario que vous m’avez envoyé, dit-elle ; j’avoue que celui-ci m’a surprise par son inventivité ; c’est pourquoi je vous ai sélectionné parmi toutes les demandes dont je fais l’objet» ;
« C’est vrai, articulai-je, il s’agit d’un fantasme que je couve depuis mes années d’étudiant parisien, dans les années quatre-vingt – mais il y une faille dans le scénario, comme vous l’avez sans doute vu » ;
« En effet, il y a plusieurs failles », répond Célia, moqueuse mais visiblement amusée
« Selon celui-ci, je dois m’introduire chez vous après vous avoir suivie dans la rue – c’est un fantasme que j’ai fortement éprouvé à Paris, ville où tous les plaisirs semblaient permis pour l’étudiant provincial coincé que j’étais alors ; vous êtes tellement sexy, vos jambes sont ensorcelantes… Puis, je vais fouiller dans vos affaires afin de trouver mon trésor : le panier à linge sale, et dans celui-ci, vos dessous odorants… »
« Bien entendu, vous avez deviné la faille de ce scénario qui ne tient pas debout : la seule possibilité de pénétrer chez vous est d’être invisible. Pour cela, imaginons l’hypothèse suivante : j’ai participé à une expérience secrète, organisée au plus haut niveau de l’Etat, qui m’a permis d’acquérir cette invisibilité. Je devais grâce à celle-ci « liquider » plusieurs hauts responsables d’un parti terroriste ; malheureusement pour les « commanditaires » que je ne citerai pas, je me suis servi de cette invisibilité pour assouvir mes fantasmes, échappant de ce fait au plan qui m’était assigné ; hélas pour moi, les effets de cette invisibilité sont limités dans le temps, et vous allez me surprendre en train de me masturber sur vos dessous».
« Ca y est, répond Célia, jouant le jeu ; tu es désormais invisible : vas-y, tu as carte blanche pour chercher mes dessous ! »
Excité, je parcours les différentes pièces de l’appartement; je ne mets pas longtemps avant de trouver la salle de bains, et dans un coin de celle-ci, le panier à linge sale… je fouille avec avidité, et extrait deux culottes longuement portées, comme en attestent les traces intimes… je m’empresse de les porter à ma bouche et mon nez. Les fortes odeurs de Célia affluent dans mes narines. Mon sexe frémit à cette découverte. En réalité, je bande comme un véritable salaud.
Soudain, j’entends la voix de Célia : « mais on dirait qu’il y a du bruit par là… » elle entre précipitamment dans la salle de bains, allume la lumière… je me rends compte avec horreur que mon invisibilité a disparu.
-« Oh, mais qu’est-ce que tu fabriques dans mon appartement, petit goujat? Et avec mes culottes sales par-dessus le marché ! »
– « Je, je suis désolé, balbutiai-je, je vais essayer de vous expliquer… mais c’est très compliqué, vous ne le croiriez pas.
– Voilà, ajoutai-je, j’ai participé à une expérience ultra secrète, financée sur les fonds secrets du Ministère de l’Intérieur – je devais être rendu invisible, afin d’éliminer discrètement un terroriste… »
-« Et qu’est-ce qui te donne le droit d’entrer chez moi, de violer mon intimité par-dessus le marché ? ça faisait partie de l’expérience, ça aussi ? » hurle Célia, totalement hors d’elle.
– « Je vous en prie, calmez-vous ; je vais vous parler de l’Anneau de Gygès, mythologie de Platon, dans lequel le possesseur de l’anneau devient invisible aux yeux d’autrui : ce conte philosophique permet de distinguer les possesseurs « éthiques » de l’anneau – ceux qui continuent à vivre honnêtement comme avant en en faisant un usage moral – de ceux qui en profitent pour faire n’importe quoi… vous voyez, j’en ai profité pour assouvir mes pulsions les plus viles. »
– « C’est vrai que tu sembles en partie invisible…en fait, la partie haute de ton corps est nette, je commence juste à discerner tes pieds, d’ailleurs ton gros orteil gauche reste flou… (Célia est en tout cas très observatrice, me dis-je en mon for intérieur) » ;
– « Mais je me fous de tes justifications vaseuses, ajoute-t-elle. Ce que je vois, c’est que tu t’es introduit chez moi par effraction, je vais appeler la police… j’ai toujours leur numéro direct sur mon portable en cas d’agression».
– « Non, je vous en prie je ferai tout ce que vous voulez, mais surtout n’appelez pas la police…je suis étudiant en droit, ma carrière de notaire pourrait être compromise» ;
– « On va voir ce qu’on va voir, dit-elle, et elle m’entraîne au milieu de son salon… »
-« Si tu ne veux pas que j’appelle la police, tu vas devoir te plier à toutes mes envies… tu m’as suivie dans la rue, mais tu ne t’attendais pas à tomber sur une dominatrice, hein ? »
– « Non, bien sûr ». Je commence toutefois à me sentir vaguement émoustillé par cette situation imprévue.
– « Je vais t’attacher ce collier de chien », ajoute-elle, et elle me le passe autour du cou, assorti d’une longue laisse;
– « Alors, comme ça, dit-elle, tu veux devenir notaire… belle ambition pour un petit vaurien comme toi, et vénal en plus ? » ;
– « Je pense devenir un notaire relativement honnête », dis-je ;
– « Ha, ha, voyons ça, un notaire « relativement » honnête, me répond-elle, sarcastique ; et qu’est-ce que tu entends par là, petit salaud ? »
– «Eh bien, je serai un enfant de chœur comparé à certains de mes confrères ; c’est cela que j’entends par « relativement honnête »
Faisant fi de ma remarque, elle m’ordonne de me mette à quatre pattes ; je sens la piqûre de ses talons aiguilles contre mon dos, mes fesses… séance tenante, elle m’enfourche comme un cheval. Je me sens piteux, humilié. (Aïe mes genoux !… mais je suis censé avoir 20 ans dans le sketch…).
Elle se met ensuite debout devant moi, ma bouche à hauteur de sa culotte affriolante, et presse mon visage contre celle-ci.
« Puisque tu aimes les culottes odorantes, goûte donc celle-ci ! »
Je m’exécute, ravi au fond de moi de cette aubaine.
« Qui a dirigé cette expérience d’invisibilité ? » Me demande-t-elle ;
-« J’ai rencontré le Ministre de L’Intérieur, un type qui ressemble vaguement à Fernandel (nous sommes supposés être en 1986…), il m’a payé avec une grosse valise pleine de billets usagés.
– « Mais ce sont des méthodes de mafieux ! me répond-elle, on se croirait dans ce film sorti récemment avec Coluche… »
– « Vous voulez parler de Tchao Pantin ? J’ai bien aimé » ;
– « Pas moi, dit Célia, d’ailleurs, je ne lui prédis pas une longue carrière d’acteur… »
– « Moi, je pense qu’il va faire une très grande carrière, digne de Depardieu… », lui dis-je ;
– « Tu sais que j’en ai assez de tes remarques foireuses, ma lance-t-elle, ta petite culture de merde est purement livresque, petit con, tu ferais mieux de te concentrer sur l’instant présent, et te transformer en bonne petite lécheuse »
– « Oui, Madame », et je m’active avec obéissance à la tâche qui m’a été assignée.
Le visage enfoui dans ses fanfreluches, enivré de ses flagrances à en perdre la tête, j’atteins ce que les dominatrices de métier appellent techniquement la P.B.C. D. ou « Phase dite Blasphématoire du Client Dominé» :
« Mon Dieu, mon Dieu, dis-je, je vais aller en enfer après tout ça… mais je préfère croupir en enfer plutôt que m’ennuyer au Paradis ».
« Moi, je ne crois ni à l’Enfer ni au Paradis, me répond-elle. Je crois juste à l’instant présent ».
Me sentant absous par ces paroles, je réalise que Célia conjugue à la fois l’intellect et l’animalité, ce qui ne la rend que plus séduisante : serait-ce une « philosophe-dominatrice» unique ?
« Maintenant, lève-toi, me dit-elle ; après m’avoir demandé de l’aider à étendre un drap noir en toile cirée contre le mur, elle m’attache les poignets à un anneau fixé au plafond. Je commence sérieusement à m’inquiéter.
Va –t-elle me fouetter sauvagement, comme j’ai pu en avoir l’aperçu explicite sur son site internet ? Le drap noir ne sert-il pas à limiter les projections sanglantes sur le mur ?
Les secondes semble durer une éternité, avec toujours en arrière-fond le Concerto en Ré Majeur de Beethoven qui en devient lancinant…
Je ne peux m’empêcher de « faire le malin » (en réalité je suis mort de peur) :
« Dites, la musique d’ambiance c’est bien du Beethoven, non ? On dit d’ailleurs que Dieu doit tout à Beethoven … »
« Tu crois que c’est de Beethoven qu’on dit ça ? » me répond-elle tout à trac ;
« Non, en réalité, c’est de Bach, bien sûr, vous avez deviné le piège… »
-«Tu te fous de qui ? » répond-elle furieuse ;
Je choisi aussitôt de faire profil bas, attendant les coups.
A mon grand soulagement, elle s’assoit dans un fauteuil, et m’ordonne de me mette à genoux devant elle…
« Lèche mes bottes » m’intime-t-elle.
Aussitôt, je goûte le parfum de bon cuir de ses cuissardes ; j’en lèche le haut, puis descends jusqu’à la pointe et le talon.
Ma langue remonte le long de sa botte gauche, s’attarde en haut de son bas, titille la jarretelle, lèche la peau juste au-dessus de la lisière du bas, là où elle est si douce…
Mon visage est soudain attiré entre ses cuisses fuselées. Célia m’enserre fortement la tête entre celles-ci, me fait goûter sa chaleur intime à travers le tissu délicat de sa culotte… je ne « pipe » mot bien entendu…
« Maintenant, enlève mes bottes ; tu sais que j’ai beaucoup marché aujourd’hui… mes pieds sont fatigués»
Je m’exécute aussitôt, faisant glisser la fermeture Eclair tout au long de sa jambe gauche. Je découvre peu à peu sa jambe gainée de noir – le bas crisse sous mes doigts – je hume son mollet, puis sa cheville délicate, son pied ; sa subtile odeur de transpiration, conjuguée à celle du cuir, est très agréable. Je prends le bout de son pied dans la bouche et lèche ses orteils, afin de satisfaire mes goûts particuliers. C’est divin ! J’aimerais que l’horloge s’arrête…
Puis, j’enlève la botte droite, et prends désormais ses deux pieds dans ma bouche… j’en profite de manière éhontée, dans une frénésie animale digne du trop méconnu Georges T.
« Je vais te piétiner maintenant », dit-elle ; je sens aussitôt son pied gauche qui m’écrase la bite et les testicules, pour parler techniquement un « foot-job + pénis crushing» qui me ravit, plaisir que je n’ose exprimer ; son pied droit repose en effet sur ma poitrine, j’ai un peu peur que mes côtes ne lâchent…
Mais Célia est légère et adroite comme un chat.
« Ca suffit maintenant», dit-elle.
Elle s’assoit sans façon sur mon visage, me fait respirer le goût sauvage de son vagin à travers la douce culotte diaphane; ma langue s’active afin d’écarter le bord humecté de sueur de sa culotte (c’est une journée particulièrement chaude) ; je prends à pleine bouche sa saveur intime… puis commence sérieusement à « perdre les pédales », je sens sous ma langue les anneaux d’un piercing très bien situé … placé certainement là pour le plaisir de ma Maîtresse ; ma queue se raidit, Célia se révèlant une masturbatrice très appliquée.
« Si tu ne me donne pas maintenant ton jus, j’appelle la police », dit-elle.
La panique me saisit un peu, j’avoue à Célia être un peu lent à jouir…
« Tu peux prendre ton temps » me dit-elle gentiment, et elle enduit ma verge d’huile, afin de la branler de manière experte.
Ma langue continue à explorer les tréfonds mouillés de son intimité.
Je la vois soudain qui redresse son cul rebondi au-dessus de moi, elle me demande si je suis prêt à recevoir dans la bouche sa liqueur dorée.
« Je ne me sens pas encore prêt pour ça », lui dis-je. Celia respecte mon souhait de manière très respectueuse, mais la perspective de ce don intime, fait en pleine confiance entre adultes consentants, achève de m’emporter.
Je ne tarde pas à venir. Ma bite tressaute, ses mains reçoivent ma semence.
Soudain, c’est comme si un grand calme s’était emparé de moi ;
Ma tête repose désormais entre les bras chauds de Célia, elle caresse mes tempes grisonnantes ; j’ai 20 ans dans ma tête, et pas 57…
Son extrême douceur constitue un délicieux contraste à ses pratiques autoritaires précédentes ; je m’abandonne totalement, la nuque reposant sur son giron.
« N’aimerais-tu pas connaître certains plaisirs associés à la douleur ? » me demande-t-elle.
Je me sens comme une vierge effarouchée, totalement offert et désarmé entre ses bras maternels, moi le grand gaillard a priori « viril » et sportif d’1.85 m…
« Tu sais qu’une fessée administrée d’une main experte peut être très agréable ? Dans une séance plus poussée, nous pourrions passer ensemble un certain « seuil » où je pourrais te faire découvrir ces plaisirs interdits ; Jean-Jacques Rousseau avouait lui-même honteusement adorer une bonne fessée »
« La douleur… Comme par exemple ? » me risqué-je ;
Une lueur perverse éclaire aussitôt le regard de Célia :
« Ah, ne me tente pas ! » dit-elle,
Elle attrape mon téton droit entre deux doigts agiles, le tord brutalement, puis récidive aussitôt avec le mamelon gauche.
Une décharge de douleur, de surprise totale, suivie d’un plaisir inattendu me submerge, me traverse l’échine. Je sens littéralement ma poitrine se tendre d’excitation vers ma dominatrice ;
« J’aime bien être un homme-objet, cela fait partie de mes fantasmes », lui dis-je innocemment ;
« Souhaites-tu être transformé en meuble ? demande-telle ?
Je viens d’apprendre dans le dernier « spécial sexe » des Inrockuptibles ce que signifie la « forniphilie ».
« Euh, non, pas vraiment à vrai dire », dis-je.
« Mais tout cela, ce sera pour une prochaine, fois, si tu le désires… ».

Un peu plus tard, après une douche revigorante, je retrouve Célia sur son balcon surplombant la plaine de Pantin ; elle a fait pousser des plantes grimpantes, afin d’éviter les regards voyeurs du Tout-Paris… heureusement, aucun de vis-à-vis ne donne sur son appartement.
« Ainsi, me dit-elle, je peux déambuler en tenue légère… »
« Légère, c’est bien le mot ! » luis dis-je, savourant son euphémisme.
J’ai alors le plaisir de converser avec une femme totalement nouvelle : Célia a enlevé ses lunettes qui lui donnaient cet air de chef impérieux et exigeant, excitant dans le contexte précédent…
Elle est assise à ma gauche, ses longs cheveux flamboyants lui tombant des épaules ; j’observe discrètement ses yeux, verts et troublants comme ceux de Gena Rowlands.
Un fantasme vivant.
Une véritable pin-up de cockpit de Forteresse Volante B17 …
Je suis certainement le seul homme à vivre ça en ce moment à Paris: partager cet excellent café, moulu maison, que m’a servi Célia elle a conservé sa tenue sexy, et a croisé haut ses jambes gaînées de noir, posture qui met bien en valeur ses courbes dévastatrices et la lisière de ses bas.
Du coin de l’œil, je n’en perds bien entendu pas une miette, conscient de ma chance, discutant avec cette femme fatale de film noir… le rêve masculin ultime !
Vous m’avez fait sentir tellement vivant, merci d’exister, Célia… et « merde » aux moralisateurs de tout poil…
Ouais, je vous le dis, quelle femme !
Il fait un grand soleil sur Paris.

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